Carheil : la verrière de la Chapelle

Texte de Didier Alliou
Restaurateur de l'ensemble des verrières de la Chapelle
VITRAILFRANCE


Les verrières du XIXe siècle de la chapelle du château de Carheil, sont importantes pour l'histoire de l'art du vitrail en France. Dans cette chapelle, c'est tout l'art de la peinture sur verre qui excelle et sa qualité  est incontestable. On peut mieux constater l'habileté  des cartonniers, des coupeurs de verres et des peintres quand on est amené  à restaurer ces œuvres.

Deux écoles vont s'affronter dans la première moitié  du XIXe siècle. La première dont fait partie la Manufacture Royale de Sèvres qui a réalisé  les vitraux de cette chapelle. Elle fait appel pour ses créations à  des artistes comme Ingres. La seconde école copie des vitraux romans ou gothiques, que l'on appellera par la suite le vitrail archéologique. L'influence de cette seconde école sera primordiale mais l'élan créatif donné  par la Manufacture Royale de Sèvres se prolongera dans de nombreux ateliers français.

L'art du vitrail va, à  partir du milieu du XVIe siècle être supplanté en France par la peinture de chevalet. Pour pouvoir admirer cet art nouveau, les vitraux seront éclaircis afin de donner le maximum de lumière à l'intérieur de l'édifice. A la Révolution Française, il n'y a plus de peintre verrier dans notre pays, quelques compagnons vitriers continueront de couper et de monter en plomb des vitraux géométriques.


Après la Révolution, c'est sous l'influence du roi Louis Philippe qu'un atelier de peinture sur verre s'ouvre à  la Manufacture Royale de Sèvres.


Cet atelier servira les commandes royales, particulièrement dans les propriétés du roi. Les premiers vitraux seront réalisés grâce aux recherches de la peinture sur verre faites par Brongniard, l'administrateur de cette manufacture. Plus de 102 verrières sortiront de cette fabrique, sans compter les coupoles et les rosaces. Il s'entourera d'artistes de grande renommée dont le plus célèbre d'entre eux est Ingres. Il réalisera plusieurs cartons de cette chapelle dont celui de saint Philippe.

 

 


A partir des projets et des maquettes mises en couleurs plusieurs personnes vont exécuter le vitrail avec une tâche bien précise : les coupeurs de verre, les peintres de décors, ceux des anatomies, les monteurs et les poseurs. Il nous a fallu des recherches attentives lors de la restauration pour retrouver les différentes couleurs de grisaille car les peintres n'employaient pas la même teinte et ne peignaient pas de façon identique. La beauté  de ces verrières est particulièrement développée dans la peinture des anatomies. Les artistes cherchaient à  se rapprocher de la peinture à  l'huile tout en gardant l'effet de transparence de l'art du vitrail.
Pour y parvenir ils travaillaient la grisaille, c'est à  dire la peinture sur verre à  l'aide de différentes couleurs mises en couches successives, puis par un travail d'enlevé, ils donnaient tout le modelé  aux anatomies.

 

Certains saints réalisés ont pour visage, des personnages de  l'époque comme ici dans le saint Philippe, celui du roi Louis Philippe. Rares toutefois sont les donateurs auréolés

 

Les vitraux de la chapelle de Carheil ont une iconographie très intéressante. Le but recherché  par le roi dans la construction de cet édifice était politique vis à  vis des Bretons d'où  l'importance de représenter des saints de cette région de France.
L'ensemble des verrières de cette chapelle est harmonieusement réparti entre des baies à  deux personnages et d'autres composées comme un immense tableau. Tout est fait pour qu'une juste lumière pénètre la chapelle permettant de lire parfaitement les tableaux encadrant les vitraux.

Les verrières du XIXe siècle de la chapelle du château de Carheil, sont un élément incontournable de l'histoire de l'art du vitrail en France.